Parution en septembre 2009
À partir de 12 ans
« Les Chinois se sont mis à manger autre chose que du riz. Du coup, pour des raisons un peu compliquées à saisir, mon père a vendu pas mal de chambres froides et comme il le dit lui-même : “On ne se plaint pas.” D’ailleurs, il y a des signes qui confirment, on n’est plus obligés de répondre à sa place au téléphone en inventant qu’il n’est pas là et une nouvelle voiture franchement luxueuse avec des sièges de cuir est garée devant la porte. Par ailleurs, cette année, non seulement on part en vacances, mais on ne fait plus de camping. C’est vrai que monter une tente Decathlon à côté d’une Jaguar, ça fait con. Surtout que la fermeture est pétée. »Voilà le début de la nouvelle Pas folle la guêpe, l’un des quinze textes proposés par Hervé Giraud dans ce recueil.
Les narrateurs de Pas folle la guêpe sont des ados ou des pré-ados, et ils racontent : la fugue du grand frère, l’histoire d’amour du meilleur copain, l’enterrement du grand-père ou le concours de beauté pour chien…
Chacune de ces histoires courtes est percutante. Drôlerie, crudité, les héros avancent sans masque, avec leur regard décalé, ou les pulsions destructrices qui les traversent :
« […] j’aime bien mes cousins, leur apprendre à faire de belles conneries, plus belles que leurs jouets, eux-mêmes bien plus beaux que les miens. C’est moi qui leur ai montré comment allumer des mini-incendies avec l’essence de la tondeuse à gazon ; dégommer au napalm les Playmobil soldats. Enflammer des tranchées entières et voir les corps se dégrader, fondre et se transformer en un petit résidu noirâtre. Tenir un Playmobil mort entre ses doigts, c’est une sensation très intense. »
Joies et peines apparaissent avec ce “portrait de groupe”, dans une écriture qui n’est ni pontifiante ni moralisatrice. Les personnages sont bien ancrés dans le réel, exposés avec leurs nuances et leur complexité, l’éventail allant de la méchanceté à la tendresse.
Les chutes des nouvelles d’Hervé Giraud ne donnent pas forcément de clés, simplistes ou réductrices. C’est la particularité de ce recueil.
Et les sentiments forts ne sont pas laissés sur le bas-côté.
« En fait, je frime. Je n’ai rien compris à ce qui se passe, mais aussi vrai que j’existe et que je saigne quand je fais une culbute avec mon vélo tout-terrain, aussi vrai que mon sang a la capacité de se disperser en gouttes qui jamais ne se reformeront, je sais que les parents peuvent se séparer, s’aimer, se regrouper, se démultiplier, se multiplier, partir et se diviser et que pour moi ça ne change rien, je les aime et ils m’aiment pareil. »
Pas folle la guêpe d’Hervé Giraud
Aux éditions Thierry Magnier











Si vous croisez un jeune lecteur avec un tout petit fascicule dans les mains et que vous le voyez se précipiter sur vous avec une question du style : 

