Archives mensuelles : novembre 2009

La grenouille à grande bouche d’Elodie Nouhen et Francine Vidal

Album à partir de 4 ans
*Illustrations sous copyright des éditions Didier jeunesse*

La grenouille à grande bouche d’Elodie Nouhen et Francine Vidal

« La grenouille à grande bouche
gobe des mouches avec sa grande bouche.
Elle vit dans une mare
sur un nénuphar
qui lui sert de plongeoir.

Mais voilà qu’un soir, elle en a marre.
Des mouches au petit-déjeuner,
des mouches au dîner,
des mouches toute la journée,
elle en a assez ! »

Ainsi commence le voyage de ce petit batracien. Passant d’un paysage à l’autre au rythme d’une petite chanson (« Hopi, Hopa, la voilà qui s’en va »), la grenouille demande aux personnages de ce livre de quoi ils se nourrissent… Et les réponses du tamanoir ou de la girafe, pour ne citer que ces deux là, l’étonnent beaucoup !

Finalement, peu curieuse de tester de nouvelles saveurs (les feuilles des arbres ? « Baahhh ! » Les asticots ? « Ouah ! »), elle décide de rentrer chez elle. Mais « deux yeux » l’attendent ainsi que deux rangées de dents pointues et effrayantes… Comment La grenouille à grande bouche va-t-elle se sortir de là ?…

Voilà une histoire joliment tournée par Elodie Nouhen. Elle met en scène une grenouille un peu simplette qui ne connait pas grand chose au monde qui l’entoure, mais part vaillamment à sa découverte.

La fin et son coup de théâtre montreront que la naïveté de la grenouille n’est pas synonyme de bêtise, car elle saura réagir avec beaucoup de sang froid devant le danger (et son sens de la répartie risquera en plus de provoquer chez les lecteurs un grand éclat de rire !).

rencontre avec le tigre...
Le vocabulaire est soigné et les animaux passés en revue vite épinglés par des adjectifs simples. Gros, grands, doux, bizarres, ils ont tous des caractéristiques bien précises en plus de repas différents.

Le texte en forme de ritournelle permet des effets de voix amusants : donner à la grenouille une articulation outrancière (puisqu’elle a une grande bouche, il faut bien que cela s’entende !) ou au tigre un timbre doux et grave est un plaisir qu’il ne faut pas se refuser.

Le texte est habilement intégré aux illustrations, de manière inventive ! Rien n’est laissé au hasard : les lettres colorées suivent le mouvement, et indiquent une similitude entre deux mots, ou le degré d’écœurement de la grenouille à travers l’écriture de ses cris.

la grenouille à grande bouche et ses empreintes
Et, merveille de plus, le travail d’illustratrice de Francine Vidal est riche de nuances, tons chauds et colorations adroites, en plus des jeux d’empreintes et de tracés qui donnent vie aux sautillements de la grenouille.

En bonus, un clin d’œil apparaît à la relecture :
la montagne ronde si bien dessinée sur laquelle la grenouille grimpe, n’est-ce pas le dos du rhinocéros ? Et la forêt remplie de troncs d’arbres ressemble, en y regardant bien, à une forêt de longues pattes de girafes…

une forêt de pattes de girafes...
Beaucoup de qualités, donc, chez cette Grenouille à grande bouche parue en 2004 chez Didier Jeunesse, ce qui en fait un album incontournable.

Hopi, Hopa, ma chronique finit là !

le voyage de la grenouille à grande bouche

La grenouille à grande bouche d’Elodie Nouhen et Francine Vidal
Aux éditions Didier Jeunesse
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La princesse au petit pois (extra-fin) de Sylvie Chausse et Capucine Mazille

-Album- À partir de 7 ans
Parution en septembre 2009
*Illustrations sous copyright des éditions du Ricochet*

La princesse au petit pois (extra-fin) de Sylvie Chausse et Capucine Mazille
« Il était une fois un roi et une reine qui adoraient Aude, leur fille unique, et l’entouraient de douceur.
Tout, dans le palais, était souple, moelleux, sans aspérités. Les tapis, les murs, les fauteuils… tout était rembourré. Même la baignoire avait été tapissée d’algues douces pour que la princesse ne se fasse pas mal si par malheur elle venait à glisser.
Pas de boutons à ses robes, jugés trop durs ; on les laçait avec des rubans de soie. »

Dans un autre royaume, le prince Louis est tout aussi aimé par ses parents, mais ceux-ci veulent l’endurcir avant tout :

« Pas de jouets, pas de jeux, pas de camarades, car être roi, c’est du sérieux.
Pas un sourire en récompense, et le fouet s’il se trompait. Il portait un simple uniforme de soldat, bien amidonné. »

À partir du conte d’Andersen, Sylvie Chausse imagine une fantaisie qui n’a rien à envier à la magie d’une Belle au Bois Dormant (elle se pique le doigt, du sang coule…), d’un Barbe Bleue (avec les pièces d’un château à explorer) ou d’un Peau d’âne : une princesse qui part à la découverte du monde et doit travailler pour subsister, et un prince, à la recherche de sa promise, la reconnaîtra à un tout petit petit petit détail…

page intérieure

Deux mondes opposés, la douceur et la dureté, doivent se rencontrer et s’unir. Car la douceur seule est insipide : « on ne peut apprécier la douceur que si on reconnait la dureté », se dit le prince Louis. Et la dureté seule, elle, est bien déprimante !

Le texte de Sylvie Chausse entraine l’adhésion du lecteur très naturellement. On est ici dans l’univers du conte, avec les ressorts qui lui sont propres, et la mécanique fonctionne parfaitement.

Hop, sur le matelas !

Les illustrations de Capucine Mazille apportent beaucoup de délicatesse à cet album grand format : les couleurs, souvent dans les tons pastels, mettent en valeur le trait fin
(« extra-fin » !) et la joliesse des personnages.

La princesse au petit pois (extra-fin) en paysanne
Les détails sont très soignés, aussi bien dans le choix de la coloration que dans les arabesques que dessine la chevelure d’Aude, ou les motifs imprimés sur les draps et les costumes.
En y regardant mieux, de petits clins d’œil se cachent sous le trait sûr de Capucine Mazille : d’étranges habitants vivent sous un tas de pommes de terre, une oie montre une face fort mécontente devant le pillage de ses plumes, et certaines bottes ont des yeux et des sourires carnassiers…

Un très bel objet que cette Princesse au petit pois (extra-fin), donc !

les parents de la princesse Aude

La princesse au petit pois (extra-fin) de Sylvie Chausse et Capucine Mazille
Aux éditions du Ricochet
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