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Mon plus proche cousin de Marguerite Tiberti et Pascal Vilcollet

Nul de besoin de faire une longue présentation de cet album.
Il n’y a qu’à l’ouvrir pour comprendre : il est hors du commun, joyeux et, Ohé la science ! il nous (dès 5 ans) en apprend de bien étranges sur les liens qui unissent cousins et cousines dans la grande famille des vivants.

Voyez plutôt et tentez de répondre à la question :


Ah, oui, vous êtes comme moi… et serez bien surpris de la réponse :
_
Et oui, il faut aller au-delà du visible, chercher dans les cellules cachées sous les poils et les écailles, fouiller dans le patrimoine génétique…
Je vous écoute. Vous avez une idée ?…
Bien vu :
 

Avec ce format inhabituel plus large que haut (30x17cm) et ses volets dépliants, Mon plus proche cousin propose des devinettes qui peuvent paraître bien folles mais constituent pourtant des vérités scientifiques, et pas des moindres.


Finis les concepts qui plaçaient l’Homme en altesse sérénissime au sommet de l’évolution des espèces. « On considère maintenant que toutes les espèces actuelles, de la bactérie à l’homme, sont aussi évoluées les unes que les autres ».
Alors ? Un album à sourire et à apprendre en même temps, à mettre à bas les idées reçues et à s’ouvrir des horizons très larges, franchement, Mon plus proche cousin devrait distribué dans toutes les postes/boulangeries/pharmacies environnantes comme concentré d’intelligence facile à ingérer !
Mon plus proche cousin de Marguerite Tiberti et Pascal Vilcollet
à partir de 5 ans
aux éditions du Ricochet
en savoir plus ~> sur le blog de l’éditeur
~> sur le blog de la librairie Les sandales d’Empedocle
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Vison sans visa de Brigitte Vaultier et Maud Riemann



« Un vison qui rêvait
De changer d’horizon,
De vivre vie plus zen,
Certes pas sans raison,
Envisageait ravi,
La tête emplie d’images,
De grisants paysages,
Un voyage en Asie. »

Ce Vison sans visa entreprenant n’a pas fini de nous faire caracoler derrière lui !
Dans un périple qui passera par la case prison, il devra s’infiltrer dans une soute à bagages, chevaucher un zébu, choper un coryza…



Atypique, cette histoire, autant que son format, une mise en page panoramique qui va se faire remarquer sur les étagères.

Album plus large que haut, Vison sans visa utilise l’espace ainsi créé avec vigueur et pertinence puisque la magie-comédie du voyage s’y étale “dans les grandes largeurs”, croisant le look BD et le poème en rimes. Oui, vraiment, Vison sans visa ne ressemble à aucun autre album.



Brigitte Vaultier était déjà à l’origine d’un objet superbe : Zoofolies (livre tout en hauteur celui-là, où ses poèmes et les illustrations se Kerso se mariaient magnifiquement).

Elle réitère ici, jouant des sonorités et des rebondissements avec un plaisir qui saute aux yeux.

« En pleine déraison,
Des idées à foison,
Se dit : ˝Foi de vison,
Je n’ai pas visité
Zambie ni Zimbabwé…
…Gibraltar, Zanzibar…
…La Corrèze et la Creuse…
…Trévise ou même Pise !˝ »


La suivant dans ses tours et détours sans hésiter une seconde, Maud Riemann enchaîne les inventions : bagages amoncelés, vison emprisonné, panda nonchalamment vautré…

Les angles de vue décalés se succèdent, rythmés par des cartes postales sur fond rouge ou l’étendue d’un paysage vaste…


Impossible de rendre la largeur des pages et leur palette dans cette chronique (qui ne montre que des détails) : vous pourrez vous faire une idée plus juste sur le site de l’éditeur, et ainsi mieux mesurer l’alliance parfaite entre traits, couleurs et postures des différents personnages.



Décidément, les éditions du Ricochet riment avec qualité, qu’on se le dise ! Encore une nouvelle parution originale, soignée, différente…

Mais jusqu’où iront-ils ?!…


Vison sans visa de Brigitte Vaultier et Maud Riemann
Aux éditions du Ricochet
À partir de 7 ans
Parution en février 2010

Le Melon prétentieux de Bénédicte Guettier

La patte de Bénédicte Guettier est reconnaissable entre toutes. L’âne Trotro lui doit sa mignonne petite bouille, ses oreilles expressives et les jolies bêtises qui ponctuent ses aventures.

D’oreilles d’âne à oreilles de lapin, il n’y a qu’un pas, vite enjambé : l’Inspecteur Lapou (dont la gabardine n’est pas sans rappeler celle d’un autre célèbre inspecteur, italo-américain celui-là) s’attaque au Melon prétentieux, un cas difficile s’il en est…


« Depuis quelques temps, un melon s’est installé dans le potager.
Regarde-moi ce gros prétentieux !
Il prend toute la place et il nous ignore complètement. »



L’ambiance du potager en est toute tourneboulée. Croyant rétablir l’harmonie, l’Inspecteur Lapou va vite réaliser qu’un face à face entre lui et la dérangeante cucurbitacée ne pourra être évité…
D’autant plus que le melon organise des élections. Qui fera la loi dans le potager ?

Bénédicte Guettier offre une palette de couleurs franches à ses personnages qu’elle cerne d’une ligne noire dynamique. Son écriture graphique pose dans la bouche des carottes, tomates et radis des paroles de bon sens, plutôt comiques.



Ça fuse, c’est vif et inattendu, car mangé ou être mangé n’ont pas tout-à-fait la signification usuelle des albums pour enfants. On peut manger ce qu’on aime, mais aussi manger ce dont on veut se débarrasser : le Melon prétentieux en fera l’amère expérience !



Dans le potager poussent une graine de politique et une graine de recette culinaire : la sauce Guettier prend parfaitement. Et l’Inspecteur Lapou ressort de cette histoire les moustaches parsemées de fleur de sel…

Cerise sur le gâteau : d’autres épisodes-enquêtes de l’Inspecteur Lapou attendent d’être feuilletés (dont l’un intitulé La Cerise sur le gâteau, quelle coïncidence !)



Le Melon prétentieux de Bénédicte Guettier
Aux éditions Gallimard Jeunesse, collection Giboulées
Parution en avril 2010
Album, à partir de 4 ans

1001 moutons de Kerso

Certains comptent les moutons pour s’endormir : pour que cela fonctionne, il faut que les moutons soient tous similaires, photocopies d’eux-mêmes, et qu’ils sautent tous du même bond au-dessus de la même barrière simpliste et rudimentaire.


Il semble que Kerso déteste nous endormir. Elle a horreur des moutons clonés. Elle abomine les barrières dupliquées.
Et elle le prouve, Ô combien, avec ses 1001 moutons !


Cet album sans texte, de format compact (15×15), propose 200 pages de moutons.
Attention, aucun mouton basique ici, mais des moutons à travers les âges et les lieux…

Du mouton de Lascaux au mouton prestidigitateur, en passant par le mouton pâtre, le mouton prince, le mouton tzigane, le mouton sirène, le mouton touriste, le mouton mannequin, le mouton cosmonaute, le mouton amoureux…. et j’arrête cette liste qui pourrait ne jamais finir, car 1001 ?! le nombre de ruminants bêlant est plutôt conséquent !


Un compteur placé en haut et à gauche de chaque page nous rappelle exactement à quel décompte nous en sommes.
Il aiguise aussi la curiosité, car il n’est pas rare qu’un mouton échappe à notre vigilance, et il faut s’arrêter pour trouver celui qui manque (travesti en papillon, par exemple), à la manière d’un Où est Charlie ? à bouclettes.



Les dessins, réalisés par Kerso d’un trait de rotring rehaussé de jaune, sont on ne peut plus imaginatifs : drôles, poétiques, historiques…certains mêmes dignes de comédies musicales hollywoodiennes !

Des exemples de ces double-pages sont visibles sur le site des éditions du Ricochet (bien plus nets et plus parlant que les détails présentés ici).

Le travail soigné de cet imagier est un régal. Kerso nous avait déjà charmé avec les superbes illustrations de Zoofolies. Le charme opère encore ici dans un autre style… la marque du talent !


1001 moutons est accessible dès 5 ans.
… mais franchement, entre nous : est-on vraiment obligé d’être équipé d’un enfant pour avoir la chance d’en profiter ?…



1001 moutons de Kerso
Aux éditions du Ricochet
AlbumImagier
Dès 5 ans
Parution en mai 2010

Camille Bouchon et son cochon de Myriam Picard et Jérôme Peyrat

« Dans la rue des Capucines,
entre la boulangerie et l’épicerie,
il y a la belle vitrine de Camille Bouchon,
« Maitre Artisan Boucher-Charcutier »,
« Meilleur Ouvrier de France ».
Chez lui, ça sent bon
la terrine aux champignons,
le boudin aux oignons,
le jambon, le saucisson.
Les saucisses sont par six…
Certaines font les andouilles
au beau milieu du gras double ! »


Le rêve de Camille Bouchon n’est pas chimérique : grâce à un cochon « bien dodu, bien rond », fabriquer du jambon et du saucisson délicieux, et gagner des médailles, « premier prix de la rillette, médaille d’or de l’andouillette ».

De la foire de Dijon, il rapporte un cochon. Son rêve va pouvoir se réaliser !
Il prendra soin de ce cochon, jusqu’à lui donner un nom, Joël.
Il s’en occupe tellement bien que… lorsqu’arrive l’heure d’aiguiser son couteau, le pauvre boucher-charcutier ne peut plus ôter la vie à un cochon devenu ami…


Dans Camille Bouchon et son cochon, il est question de cochonnailles, de victuailles, mortadelles et rondelles, rôti de porc au raisin, aux marrons, aux morilles, mais aussi et surtout d’amitié !


Joël aime tellement son maître qu’il est bien d’accord avec lui,
« car lui aussi a de l’ambition :
il se voit déjà bardé de diplômes,
et en photo sur les menus du jour parisiens.
-Finir dans l’assiette du Président de la République, ce serait fantastique ! »

Myriam Picard nous régale de rimes, et exploite une bonne bouchée d’expressions en rapport avec le cochon. Le texte est rythmé, chantant, léger et drôle à la fois.

Jérôme Peyrat ne manque pas d’humour non plus : acryliques brossés et  collages donnent de la saveur au comique des personnages, du petit menton réprobateur de Madame Bouchon aux magnifiques moustaches stylées de Camille lui-même.


La mise en page et le grand format de cet album laissent apprécier le teint rose de Joël et les frisotis sur son front. Camille Bouchon et son cochon se savoure, avec une petite salade et quelques tomates cerise… euh, non, je veux dire, se savoure avec les yeux et les oreilles.

On passe avec joie du cochon pendu aux tours de cochon, cochon qui s’en dédie !

« Cette tendre histoire au moins
ne finit pas
en eau de boudin ! »



Camille Bouchon et son cochon
de Myriam Picard et Jérôme Peyrat
À partir de 5 ans
Parution en février 2010


5 aventures de Mi de Denitza Mineva


« Un matin de mai,
Mi se promenait
avec ses amis.
Soudain,
il trouva par terre
une pierre,
mais pas n’importe laquelle »…

Petit format mais maxi-plaisir : Mi revient pour deux nouvelles aventures,
Mi et la pierre précieuse et Mi et son amour rose.


Cerise sur le gâteau, ce petit album regroupe toute la série des Mi ! (Mi et la planète bleue, Mi trouve des amis et Mi sauve le pays des rêves ayant été aussi publiés séparément, cf chronique ici).

Denitza Mineva utilise une base de noir et blanc et y ajoute une couleur pure, choisissant l’une d’entre elles pour chacune de ses histoires : jaune soleil pour Mi et la pierre précieuse et rose, bien sûre, pour Mi et son amour rose.
Les pages jouent sur les contrastes et les graphismes. Le décor éclate ou se déroule façon ombre chinoise. Le trait délié sert l’imaginaire.


Grâce au style épuré et tonique de l’illustratrice, on ne peut manquer Mi, le lutin-fourmi : ses trois antennes sur la tête, ses grands yeux et son large sourire.
Sa petite silhouette affairée occupe l’espace des pages avec dynamisme.
Il est traversé d’émotions parfois ambivalentes : la joie, la jalousie, l’inquiétude, la compassion, autant de sentiments subtilement évoqués ici.
Sans oublier l’amour, incontournable !
Le format réduit de cette compilation (11,5 x 15 cm) permet d’emmener Mi partout avec soi. Les petites mains pourront le feuilleter facilement.


…mise en page inventive, texte inséré au dessin de façon ludique…
hum hum… mais, que manque-t-il donc ?…

D’autres histoires, pardi !
Alors Mi : prêt à en raconter d’autres ?



5 aventures de Mi de Denitza Mineva
Mi et la planète bleue
Mi trouve des amis
Mi sauve le pays des rêves
Mi et la pierre précieuse
Mi et son amour rose

à partir de 4 ans
Aux éditions Anabet
Parution en avril 2010
(illustrations sous copyright des éditions du Ricochet)



Ourse rouge et ours vert de Satoshi Iriyama


« Il était une fois un ours qui adorait le vert. Chaque jour, l’ours vert mangeait des légumes verts et buvait du jus de melon vert. »

L’ours vert habite une maison verte, décorée d’objets verts, au milieu d’une prairie d’une couleur indéfinissable. Non, je plaisante : verte, bien sûr !



Un jour, une nouvelle voisine s’installe en face de chez lui :

Ourse rouge porte bien son nom. Elle est aussi rouge que les fraises qu’elle mange au petit déjeuner et sa maison est entièrement écarlate, de la nappe aux rideaux et du sol au plafond.



Ces deux ours si différents vont-ils réussir à s’accepter ?


Ourse rouge et ours vert s’adresse aux très jeunes lecteurs : l’histoire est simple et les personnages très définis. La rencontre entre les deux ours se fait progressivement, avec délicatesse, tout à fait à l’image des illustrations de Satoshi Iriyama. La forme et le fond se rejoignent ainsi harmonieusement, apportant une touche désuète et un charme épuré à cet album.



Ourse rouge et ours vert encouragent l’ouverture d’esprit, les mélanges, l’acceptation de l’autre avec une belle simplicité, accessible aux enfants dès deux ans.
Mais cette simplicité n’est pas simpliste : le propos intelligent et les illustrations soignées donnent un de ces albums que les enfants réclament encore et encore !

Et ils goûteront chaque fois la surprise qui attend nos deux ours à la fin de cette histoire.

« Un jour, Ourse rouge invita ours vert à dîner. Ils discutèrent pendant des heures sans s’apercevoir que la nuit était tombée »

Ourse rouge et ours vert de Satoshi Iriyama

Aux éditions Tourbillon

Parution en février 2010

AlbumÀ partir de 2 ans



Le zoo de Mister Peek de Kevin Waldron

« Tous les matins, vers neuf heures, Mister Peek, le gardien du zoo, part faire sa tournée des animaux. Il met toujours sa veste préférée, celle qui lui donne l’impression d’être important.

Mais ce matin, elle est serrée, trop serrée, si serrée… qu’un des boutons, pop, finit par sauter ! La journée commence mal. Tant pis, Mister Peek se met en route… »

Good Lord ! Mister Peek n’aime pas quand les choses vont de travers. Il est bien pensif, et parle, tout en marchant. Il ne se doute pas que les remarques qu’il se fait à lui-même vont tomber dans les oreilles de ses pensionnaires, en prenant un tout autre sens…

« -Sans compter que tu te fais vieux, tu es tout ridé de partout ! s’exclame-t-il encore devant l’éléphant. »

Le pauvre pachyderme est saisi par cette constatation (qui ne le concernait pas…). Si saisi, qu’il s’en ride aussitôt de contrariété !

Oui, les animaux du zoo ne vont pas apprécier cette tournée… Heureusement que l’aller ne ressemblera pas au retour. La bonne humeur reviendra, et les peines causées en toute innocence par Mister Peek seront réparées par ses soins, sans qu’il s’en rende seulement compte…

Kevin Waldron, avec malice, joue du malentendu. C’est le comique du dialogue de sourds qui s’installe, entre le très anglais Mister Peek et les animaux du zoo, un comique accentué sans doute par l’air rigoureux qu’affiche le personnage principal.

Lui, le gardien, semble savoir ce qu’il fait, être très organisé, pointilleux peut-être, bref, capable de prendre les choses en main, de manière efficace. Aussi, est-ce d’autant plus risible de le voir semer la pagaille derrière lui, tout en gardant sa démarche martiale et décidée.

Kevin Waldron s’amuse d’effets de perspective :
son Mister Peek est parfois visible entièrement, d’autres fois seul son pied dépasse. Le décor, dans l’enclos des singes, s’approche d’ombres chinoises, tandis que des dégradés de verts prédominent chez la tortue. Nos œil se place au fond de la poubelle des pingouins puis, plus largement, nous observons le zoo dans son ensemble,comme on lirait le plan de parc d’attraction. La mise en page est inventive.

Ceci combiné aux mimiques des animaux contrariés, puis rassurés, c’est très joyeusement que se lira Le Zoo de Mister Peek.

Et ce gardien de zoo (ainsi que son petit garçon !) ont toutes les qualités pour devenir des héros récurrents. Il n’y a plus qu’à espérer qu’une autre journée de Mister Peek soit en préparation…


Le zoo de Mister Peek de Kevin Waldron
Aux éditions Didier Jeunesse
Traduction et adaptation de Laurence Kiefé
-Album-
À partir de 6 ans
Parution en janvier 2010

De la petite taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la tête de Werner Holzwarth et Wolf Erlbruch

À partir de 2 ans

« Comme tous les soirs la petite taupe sortit de terre son museau pointu, juste pour voir si le soleil avait disparu. Et voici ce qui arriva.
(C’était rond et marron, aussi long qu’une saucisse, et le plus horrible fut que ça lui tomba exactement sur la tête, sploutsch !)

-Mais c’est dégoûtant ! rouspéta la petite taupe. Qui a osé faire sur ma tête ?
(évidemment, personne ne répondit.) »

Voilà la petite taupe bien décidée à retrouver le coupable. Elle s’adresse à tous les animaux qu’elle croise, leur demandant « Est-ce toi qui m’as fait sur la tête ? » avec ténacité.
En les passant en revue, l’un après l’autre, elle constatera qu’il est possible d’identifier le fautif, car la chèvre et la vache, par exemple, ne font pas la même chose… lorsqu’elles font…




Et oui, tour de force : les mots « caca » ou « crottes » n’apparaissent pas dans cet album, alors qu’ils en sont le thème principal !

De la petite taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la tête n’est pas seulement un album drôle, original et particulièrement savoureux. Il a aussi l’avantage d’être utile à l’âge où l’on apprend la propreté, au moment où un nouveau rapport au corps s’installe. Vers l’âge de deux ans, il peut paraître déstabilisant d’éjecter un morceau de soi, d’en faire le deuil, et ce passage charnière n’est pas toujours simple à gérer.
En parler, nommer les choses, s’en amuser, c’est dédramatiser l’enjeu, et cet album est une excellente façon d’y parvenir.



La construction efficace des pages est rassurante : à gauche, la taupe et sa question reviennent comme un refrain, avec la tête ébahie de l’animal interpelé.
À droite, on voit son postérieur et sa « production ». La réponse à la question posée est toujours renouvelée !

On peut s’en donner à cœur-joie, sans hésiter à donner à sa voix des inflexions différentes pour toutes ces crottes qui tombent (« pouf pouf » pour le cheval,
« ratatatata » pour le lièvre,
« clang-di-clang-di-clang » pour la chèvre…)…



Le dessin et sa coloration simple (marron, ocre et orange déclinés) est très jouissif : la petite taupe un peu têtue qui se hisse sur ses petits pieds, le cheval massif qui porte de fines lunettes, le cochon gras au groin comme une prise électrique…

De la petite taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la tête apporte la surprise et l’attrait de pouvoir parler et de rire d’un sujet un peu « tabou ».
Au fond, la grande leçon à retenir, c’est qu’on fait tous caca ! (ce qui est quand même très réconfortant)

Et comme l’histoire finit bien, la petite taupe, radieuse, pourra retourner sous la terre « là où, assurément, personne au monde ne pouvait lui faire sur la tête »

(en même temps, on a bien envie qu’elle ressorte et que quelque chose lui arrive encore sur la tête, non ?…)



De la petite taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la tête de Werner Holzwarth et Wolf Erlbruch

Aux éditions Milan Jeunesse
Parution en 2004
Adapté de l’allemand par Rozenn Destouches et Gérard Moncomble
Catégorie Incontournables jeunesse -Album-

Bih-Bih et le Bouffron-Gouffron de Claude Ponti

-illustrations sous copyright des éditions L’école des Loisirs-


« Bih-Bih et son ami Filifraiïme, le champignon, s’en vont boire un thé au café du fond de la forêt. Ils ne savent pas qu’ils marchent… … sur le dernier petit bout de chemin que le Bouffron-Gouffron va avaler. »

Une belle dose de magie-Ponti pour commencer l’année ? Ouvrir Bih-Bih et le Bouffron-Gouffron, son dernier album grand format qui fait voyager plus loin et encore plus loin ! (peut-être même plus loin que ça)

Une fois encore, l’alchimie entre texte et illustrations est singulière : poétique, drôle, mystérieuse…

Le Bouffron-Gouffron a croqué l’univers tout entier (en ricanant, en plus). Bih-Bih et son fidèle Filifraiïme sont les seuls à savoir comment rendre le monde au monde et ils vont s’y atteler avec beaucoup de courage et de persévérance.


Dans le ventre du Bouffron-Gouffron, c’est un amoncellement de pierres, de forêts, de montagnes, de châteaux, de statues… Tout est sens dessus dessous…

L’occasion pour Claude Ponti d’offrir des images d’une grande richesse (d’où l’utilité du grand format), à lire dans tous les sens, surtout quand la mise en page s’échappe… Les objets ayant changé de taille, le château de Neuschwanstein se fait aussi grand qu’une pomme, pendant que les Cariatides survolent les vestiges du Machu Pichu…

Claude Ponti introduit dans ses pages toute une kyrielle de monuments à découvrir, les mêlant à des rouleaux de parchemins, des gravures japonaises, des vases grecs, des livres… Le monde et son accumulation de merveilles est vivant : il est juste morcelé et la mission de Bih-Bih est de recoller les morceaux entre eux.

Une fois de plus, l’inventivité de l’auteur est là : Claude Ponti n’est jamais binaire, ni réducteur : aussi, son Bouffron-Gouffron est à la fois terrible et ridicule, autant que la quête de Bih-Bih est dangereuse et rassurante.


Le message est universel : les fruits de la connaissance, pommes et poires, seront grignotés dans le paysage luxuriant que Bih-Bih et Filifraiïme doivent traverser. Des reliques de toutes les époques et de tous les endroits de la planète jonchent le sol d’une grotte. Ils constituent tous ensembles les visages colorés, gracieux, primitifs, de jade, de bois ou de granit sculptés par l’Homme. Ils sont tous les visages de l’Humanité et le monde ne pourra pas être réparé sans eux :

« Passez par ici, passez par nous ! Passez-nous par-dessus, passez-nous par-dessous… passer par les oreilles, passez par les yeux, passez par le nez, passez par la langue, passez par les dents, passez par la peau, passez par la nuit, passez par le jour… passez par pendant, passez par après, passez par avant, passez par hier, passez par demain, passez par toujours… mais surtout passez par nous ! »

C’est peut-être la première fois que Claude Ponti inclut autant de constructions réalistes dans ses dessins, mais cela semble accentuer le côté onirique de ces images.

Même si cet album est accessible dès 5 ans, un enfant plus âgé aura l’avantage (et le plaisir) de pouvoir chercher des précisions sur les merveilles archéologiques utilisées. Pour autant, BihBih et le Bouffron-Gouffron n’est pas un simple « petit musée » coloré : avec une histoire vivante, initiatique, il offre une vision large et sensible de notre place au milieu des civilisations sur Terre.

Une seule chose à ajouter, un détail, mais important : Blaise le Poussin Masqué se cache, quelque part, dedans…!


Bih-Bih et le Bouffron-Gouffron de Claude Ponti
A partir de 5 ans
Parution en novembre 2009