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Le thé des nuages de Malcolm Peet Elspeth Graham et Juan Wijngaard

À partir de 8 ans



« Les rangées d’arbustes à thé vert se déroulaient à perte de vue, pareilles à des vagues. Tashi n’avait jamais vu le bout de la plantation. Peut-être le champ n’avait-il pas de fin ! Peut-être faisait-il le tour de la Terre !
Au bout d’une heure, le soleil avait absorbé la brume des vallées ; il la tenait suspendue au sommet des montagnes tel un prodigieux voile gris. Là-haut, sur ces monts qui dépassaient des nuages, il y avait des choses qui terrorisaient Tashi : d’énormes chats aux yeux de jade et des serpents jaunes aussi longs que des fouets. »

Tashi accompagne habituellement sa mère qui cueille le thé vert sous les ordres d’un contremaître détestable. Mais la mère de Tashi tombe malade, et la petite fille est trop petite, bien trop frêle pour la remplacer. Sans cette cueillette, pas d’argent. Sans argent, pas de docteur ni de médicaments. Et sans médicaments, pas de guérison pour effectuer la cueillette…

Humiliée par le contremaître qui se moque de ses pauvres efforts, Tashi se cache avec son panier, à l’écart, à l’ombre d’un arbre. Elle pleure. Une myriade de singes s’approche d’elle, Rajah en est le chef. Tashi raconte son histoire.


« Quand elle eut terminé, la petite horde de singes resta immobile et silencieuse durant quelques instants. Après quoi, Rajah s’approcha de Tashi. Jamais il n’était venu si près de la petite fille. Il se redressa sur ses pattes arrière et fut soudain plus grand qu’elle. Il posa ses longs doigts sur le bord du panier et se mit à le palper avec précaution. Puis, sans bouger la tête, il poussa un cri rauque : « Chack ! Chack-chack-chack ! » »

Pour connaître la suite de cette légende, il faudra lire Le thé des nuages, un album soigné, au texte et aux illustrations délicates, au charme un peu désuet, à contre-courant des productions actuelles.

Des gravures agrémentent ponctuellement cette histoire et lui donnent l’ancrage intemporel de la légende, sans en faire pour autant un objet ancien ou démodé. Les mimiques du goûteur de thé sont particulièrement savoureuses.
Quant aux planches en couleur, elles permettent la plongée dans ce monde si lointain du grand jardin de théiers. Les singes qui s’y promènent ont sans doute rencontré le Mowgli du Livre de la jungle (oui, Rudyard Kipling aurait aimé cette histoire)…



Le texte est parfois exigeant pour un jeune lecteur, mais l’accès à cet imaginaire s’accompagne de cette forme de langage et encourage la rêverie lente, parfois contemplative.

Et grâce à cet album, nous en saurons un peu plus sur L’Impératrice-du-Monde-Connu-et-des-Terres-Encore-Inexplorées…



Le thé des nuages de Malcolm Peet et Elspeth Graham, Illustrations de Juan Wijngaard
Traduit par Elisabeth Sebaoun
Aux éditions Tourbillon
Parution en février 2010
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Le chagrin du roi mort de Jean-Claude Mourlevat

Catégorie Littérature Jeunesse -Roman-
Parution en mai 2009
À partir de 12 ans


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Deux enfants, Aleks et Brisco, frères de lait, habitent l’île de Petite Terre, un royaume imaginaire – que Lancelot du Lac ou Hamlet pourraient fort bien parcourir. La paix est menacée, car le vieux roi Holund vient de mourir. Et son neveu Guerolf est assoiffé de pouvoirs.

Le secret sur les circonstances qui entourent la naissance de Brisco ne sera dévoilé qu’après son enlèvement.

« La porte, mal ajustée, frotta sur la terre, les gonds hurlèrent et la lumière éblouissante du jour se déversa à flots dans la galerie. Les trois occupants du chariot, aveuglés, couvrirent leurs yeux à deux mains.
Ensuite, tout alla très vite. Une tête énorme et hirsute apparut dans l’encadrement. Une véritable hure de sanglier. L’homme s’avança à quatre pattes et demanda simplement :
-C’est l’quel ?
-Celui-ci ! fit la dame en désignant Brisco.
Alors l’homme déplia son bras puissant, empoigna Brisco par le col de sa veste, l’arracha à son siège et le tira vers lui. »
Avec Le chagrin du roi mort, Jean-Claude Mourlevat offre une belle épopée à ses lecteurs : une histoire au souffle épique, aux accents de fratrie, de vengeance, de combats, de séparation… et d’amour. Dans ce roman palpitant, les scènes d’actions alternent avec des passages plus paisibles, sans oublier quelques pointes d’humour… De quoi s’attacher aux personnages.

« -À quoi me sers-tu, en fait, Arpius ? demande Irwan.
-Oh, à peu de chose… Peut-être seulement à vous empêcher de devenir ce que vous deviendriez si je ne vous empêchais pas de le devenir.
-C’est-à-dire ? Tu peux parler plus clair ?
-C’est-à-dire un jeune prétentieux imbu de sa personne et persuadé qu’il vaut mieux que les autres pour la seule raison qu’il est le fils de son père.
-Ah, et ce n’est pas vrai ?
-Que vous êtes le fils de votre père ? Si si…
-Non. Que je vaux mieux que les autres.
-Oh, mais si, bien sûr. Tenez, ce matin, quand vous avez glissé en montant sur votre cheval et que vous êtes resté accroché à l’étrier par la cheville, vous étiez vraiment au-dessus du lot. Et la semaine dernière, rappelez-vous, quand ce début de colique vous tordait le ventre… »

La trame dramatique est très visuelle, et il ne serait pas étonnant que le cinéma s’en saisisse (Ah, Sean Connery dans le rôle titre, superbe, gisant sur son lit de pierre, la neige tombant sur son visage barbu !… On peut rêver…).
L’épaisseur de ce roman – plus de 400 pages –, loin d’être un frein à l’enthousiasme, est la promesse d’un long dépaysement. Quel régal que de plonger dans Le chagrin du roi mort jusqu’à en oublier le réel !
Un livre à lire loin de tout, à l’heure interdite, celle qui transgresse le couvre-feu et fait sortir les lampes de poche de dessous les draps…

Le chagrin du roi mort de Jean-Claude Mourlevat
Chez Gallimard Jeunesse
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L’avis de
Clarabel est à lire
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