Archives mensuelles : juillet 2009

Corydon et l’île aux monstres de Tobias Druitt

Catégorie Littérature jeunesse -Roman, fantasy-
Parution en mai 2009
À partir de 10 ans

couv_corydon« Corydon regarde la monstrueuse créature qui dort à côté de lui. Il ne se demande ni comment, ni pourquoi, mais il sait qu’ils sont amis à présent.
Malgré la fraîcheur de la nuit dans les collines, il évite de se serrer contre Méduse, car cela énerve les serpents dans ses cheveux. »

Prenez des figures mythologiques, Gorgone, Harpie, Méduse et Minotaure entre autres, et donnez-leur de l’épaisseur, des travers, des côtés ridicules, effrayants, émouvants. Inscrivez-les dans une histoire où apparaitront dieux de l’Olympe et simples mortels. Introduisez des coups de théâtre, péripéties multiples, dangers, énigmes, suspens, combats dantesques, et vous obtiendrez Corydon et l’île aux monstres de Tobias Druitt.

Un jeune pâtre, Corydon, encore un enfant, est chassé de son village à cause de sa jambe de bouc. Capturé par des pirates pour être exhibé dans une foire aux monstres, il va se rapprocher de ses pairs, homme à tête de taureau, Sphinge, Lion de Némée, s’échapper et participer à une étrange bataille : lui aux côtés de ces créatures mythiques contre Persée et son armée de mortels mandatés par Zeus.

Le projet est audacieux et prenant, le style servant l’action :

 


« [la femme-serpent] l’attend avec un grand bol de son propre sang, qu’elle tient dans sa main. Elle crache dedans et le sang commence à se solidifier en bandes frétillantes et mouvantes, jusqu’à prendre la forme de serpents verts comme du poison. Car chacun d’eux porte un venin redoutable.
La femme-serpent enfourne dans des pots de pleines poignées de ces reptiles. Et, lorsque Chamidès et ses hommes approchent, elle les leur jette au visage. Un héros se met à rire :

-Qui est cette folle ? Cette femme nous jette de la vaisselle !

Mais quand les pots se brisent sur leur cuirasse et que le contenu mortel se déverse sur eux, leurs rires se transforment en cris d’horreur. Les serpents s’infiltrent dans leurs chemises. Ils s’accrochent à leurs casques comme les lauriers de la victoire. Mais surtout, ils mordent ces hommes, injectant leur venin foudroyant. »

C’est une histoire épique, pleine de rebondissements, au casting incroyable, au décor fabuleux : caverne, grotte des nymphes, repaire du dieu Pan, rives du fleuve Styx… Tobias Druitt ne se refuse rien. Ou plutôt, « ils » ne se refusent rien, puisqu’ils sont deux à se cacher sous ce pseudonyme, Diane Purkiss et son jeune fils Michael Dowling.

L’attrait exercé par ces personnages légendaires tient surtout à la peinture très humaine qui en est faite. Qui savait que Méduse était une mère attentive et aimante, et que Zeus n’avait pas beaucoup de mémoire ?

Corydon et l’île aux monstres est le premier tome d’une trilogie. On a hâte de lire la suite en français, car sont déjà sortis Corydon and the fall of Atlantis et
Corydon and the siege of Troy. Les jeunes anglophones ont de la chance…

Corydon et l’île aux monstres de Tobis Druitt
Traduit de l’anglais par Stan Barets

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Une soupe au caillou d’Anaïs Vaugelade

Catégorie Incontournable Littérature Jeunesse -Album-
À partir de 4 ans


couv_soupe_au_caillou« C’est la nuit, c’est l’hiver.
Un vi
eux loup s’approche du village des animaux. »

Il suffirait de s’arrêter là un instant pour imaginer toute une ribambelle de possibles : animaux effrayés et dévorés (hypothèse dramatique), animaux rusés qui prendront le loup au piège (hypothèse surprenante), animaux benêts et loup idiot (hypothèse comique)… ?

Et bien sûr, c’est sur une autre piste que va nous emmener Anaïs Vaugelade, avec un loup étrange, loin de la figure habituelle du dévoreur de Chaperon Rouge.

Celui-ci est affamé, c’est vrai, mais sans dents. Il lui est impossible de dévorer ses petits camarades de pages. Il désire juste passer un moment dans l’accueillante maison de la poule, en la faisant profiter de sa recette personnelle de soupe, Une soupe au caillou.

Justement, il a un caillou dans son sac, un gros, bien lourd et bien dodu. Il lui faudrait une marmite et que l’on fasse chauffer de l’eau…

« « Et c’est tout ? » demande la poule.
« Oui, c’est tout ».
« Moi dans mes soupes », dit la poule, « j’ajoute toujours un peu de céleri ».
« On peut, ça donne un goût », dit le loup. »

Les autres animaux du village viennent aux nouvelles, les uns après les autres. Passé la surprise de voir ce loup et ce qu’il veut faire, tous se demandent s’il n’est pas possible d’ajouter un ingrédient à cette soupe curieuse : courgette, poireau, chou… Tout y passe.

soupe_au_caillou1
Ils se régalent tous, avec cette soupe miraculeuse qui les a réunis. Ils passent une bonne soirée… jusqu’au moment où le loup sort son couteau pointu (aahhhh !!!)… mais lisez vous-même la fin de cette histoire plutôt… encourageante !

Le texte d’Anaïs Vaugelade n’est pas bêtifiant, loin de là, même si elle s’adresse à de jeunes enfants. Et la trame, par bien des aspects, vaut qu’on s’y attache.

Le loup d’abord : vieillissant, il n’est plus une menace pour personne. Il suffit de passer par-dessus ses préjugés pour s’en apercevoir. C’est un « étranger » dans ce village, mais l’accueillir va apporter beaucoup à tous. L’humanisme à la portée d’enfants de quatre ans…

Car c’est le conte de la solidarité et de la chaleur humaine (…euh…animale, plutôt). Tous vont se dépasser, et rompre leur isolement.

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D’abord en s’inquiétant de la destinée de la poule : seule, chez elle, et avec un loup en plus !
Puis en participant à l’entreprise collective, chacun donnant son grain de sel, ce qui va s’avérer délicieux. Ensemble, on se tient chaud, on a moins faim, on se raconte des blagues, on discute, on apprend à mieux se connaître, on s’ouvre l’esprit.

Et au final, l’astuce du loup pour obtenir à manger n’est pas agressive. En échangeant la convivialité contre un repas, personne ne sera lésé par cette ruse, ce qui n’est pas ordinaire…

Les illustrations sont savoureuses. Les couleurs chaudes, jaune et orange, autour du feu de cheminée, accentuent l’impression de chaleur rassurante, et le contraste est grand avec le paysage hivernal du village, gris et blanc, vu à l’extérieur de la maison. Les animaux, cochon, chien, cheval, canard, sont comiques dans leurs attitudes inquiètes, étonnées ou joyeuses. La poule a du caractère ! Bavarde, curieuse, affairée, c’est un vrai personnage attachant, tout comme le cochon un peu rustre, et le canard légèrement prétentieux. Une belle palette de caractères présentés avec une économie de mots et de dessins.
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S’il y a beaucoup de versions de ce conte philosophique qu’est Une soupe au caillou, celle d’Anaïs Vaugelade possède un charme indéniable, avec son grand loup à la silhouette dégingandé, un peu triste, un peu solitaire, mais empli d’une finesse cachée presque émouvante…

Une soupe au caillou à déguster, sans avoir peur d’en reprendre une louche, encore une louche, et puis une autre !

Une soupe au caillou d’Anaïs Vaugelade
À la Petite bibliothèque de l’École des Loisirs
(petit format, petit prix !)