Archives mensuelles : avril 2010

Camille Bouchon et son cochon de Myriam Picard et Jérôme Peyrat

« Dans la rue des Capucines,
entre la boulangerie et l’épicerie,
il y a la belle vitrine de Camille Bouchon,
« Maitre Artisan Boucher-Charcutier »,
« Meilleur Ouvrier de France ».
Chez lui, ça sent bon
la terrine aux champignons,
le boudin aux oignons,
le jambon, le saucisson.
Les saucisses sont par six…
Certaines font les andouilles
au beau milieu du gras double ! »


Le rêve de Camille Bouchon n’est pas chimérique : grâce à un cochon « bien dodu, bien rond », fabriquer du jambon et du saucisson délicieux, et gagner des médailles, « premier prix de la rillette, médaille d’or de l’andouillette ».

De la foire de Dijon, il rapporte un cochon. Son rêve va pouvoir se réaliser !
Il prendra soin de ce cochon, jusqu’à lui donner un nom, Joël.
Il s’en occupe tellement bien que… lorsqu’arrive l’heure d’aiguiser son couteau, le pauvre boucher-charcutier ne peut plus ôter la vie à un cochon devenu ami…


Dans Camille Bouchon et son cochon, il est question de cochonnailles, de victuailles, mortadelles et rondelles, rôti de porc au raisin, aux marrons, aux morilles, mais aussi et surtout d’amitié !


Joël aime tellement son maître qu’il est bien d’accord avec lui,
« car lui aussi a de l’ambition :
il se voit déjà bardé de diplômes,
et en photo sur les menus du jour parisiens.
-Finir dans l’assiette du Président de la République, ce serait fantastique ! »

Myriam Picard nous régale de rimes, et exploite une bonne bouchée d’expressions en rapport avec le cochon. Le texte est rythmé, chantant, léger et drôle à la fois.

Jérôme Peyrat ne manque pas d’humour non plus : acryliques brossés et  collages donnent de la saveur au comique des personnages, du petit menton réprobateur de Madame Bouchon aux magnifiques moustaches stylées de Camille lui-même.


La mise en page et le grand format de cet album laissent apprécier le teint rose de Joël et les frisotis sur son front. Camille Bouchon et son cochon se savoure, avec une petite salade et quelques tomates cerise… euh, non, je veux dire, se savoure avec les yeux et les oreilles.

On passe avec joie du cochon pendu aux tours de cochon, cochon qui s’en dédie !

« Cette tendre histoire au moins
ne finit pas
en eau de boudin ! »



Camille Bouchon et son cochon
de Myriam Picard et Jérôme Peyrat
À partir de 5 ans
Parution en février 2010

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Le Petit Nicolas s’amuse de René Goscinny et Jean-Jacques Sempé

« Quand nous sommes descendus pour la récré, nous avons vu dans un coin de la cour de l’école un gros tas de sable.
-C’est quoi, ce tas de sable, hein, dites, M’sieur, hein ? a demandé Geoffroy au Bouillon, qui est notre surveillant, mais ce n’est pas son vrai nom et un jour je vous raconterai pourquoi on l’appelle comme ça. »

Lire le sixième tome des nouvelles aventures du Petit Nicolas à l’âge adulte, c’est retrouver une madeleine de Proust restée intacte, ni jaunie, ni défraîchie. Monsieur Blédurt, Eudes, Clotaire, Rufus… Ils sont tous-là, fidèles à l’image que l’on gardait d’eux, ils sont gourmand/batailleur/malchanceux/taquin, selon le cas.


Si l’on a entre 7 et 9 ans, c’est le moment de découvrir et de déguster la petite voix de Nicolas portée par René Goscinny, qui raconte les choses à sa façon, inimitable :

« Il est chouette le vélo de Clotaire : il a un guidon de course et il est tout jaune. Clotaire m’a offert de faire un tour tout seul et puis, ensuite, moi je suis monté sur le guidon et puis lui, il a pédalé, après c’est moi qui ai pédalé et lui il était assis sur le porte-bagages. Je lui ai demandé à Clotaire comment ça se faisait qu’il y avait un porte-bagages sur son vélo de course et il m’a répondu que, justement, c’est pour ça que c’était un vélo de course ; le porte-bagages lui servait à faire les courses pour sa maman. Ça m’a rappelé alors que j’avais, moi aussi, des courses à faire et j’ai dit au revoir à Clotaire qui est reparti sur son vélo. »
Ajouté à cela les illustrations de Sempé… Comment résister ?

L’une de mes favorites : celle où Nicolas et son papa sont bien décidés à finir un puzzle…



Le Petit Nicolas s’amuse de René Goscinny et Jean-Jacques Sempé

Chez Folio Junior (Gallimard Jeunesse)
Parution en mars 2010

5 aventures de Mi de Denitza Mineva


« Un matin de mai,
Mi se promenait
avec ses amis.
Soudain,
il trouva par terre
une pierre,
mais pas n’importe laquelle »…

Petit format mais maxi-plaisir : Mi revient pour deux nouvelles aventures,
Mi et la pierre précieuse et Mi et son amour rose.


Cerise sur le gâteau, ce petit album regroupe toute la série des Mi ! (Mi et la planète bleue, Mi trouve des amis et Mi sauve le pays des rêves ayant été aussi publiés séparément, cf chronique ici).

Denitza Mineva utilise une base de noir et blanc et y ajoute une couleur pure, choisissant l’une d’entre elles pour chacune de ses histoires : jaune soleil pour Mi et la pierre précieuse et rose, bien sûre, pour Mi et son amour rose.
Les pages jouent sur les contrastes et les graphismes. Le décor éclate ou se déroule façon ombre chinoise. Le trait délié sert l’imaginaire.


Grâce au style épuré et tonique de l’illustratrice, on ne peut manquer Mi, le lutin-fourmi : ses trois antennes sur la tête, ses grands yeux et son large sourire.
Sa petite silhouette affairée occupe l’espace des pages avec dynamisme.
Il est traversé d’émotions parfois ambivalentes : la joie, la jalousie, l’inquiétude, la compassion, autant de sentiments subtilement évoqués ici.
Sans oublier l’amour, incontournable !
Le format réduit de cette compilation (11,5 x 15 cm) permet d’emmener Mi partout avec soi. Les petites mains pourront le feuilleter facilement.


…mise en page inventive, texte inséré au dessin de façon ludique…
hum hum… mais, que manque-t-il donc ?…

D’autres histoires, pardi !
Alors Mi : prêt à en raconter d’autres ?



5 aventures de Mi de Denitza Mineva
Mi et la planète bleue
Mi trouve des amis
Mi sauve le pays des rêves
Mi et la pierre précieuse
Mi et son amour rose

à partir de 4 ans
Aux éditions Anabet
Parution en avril 2010
(illustrations sous copyright des éditions du Ricochet)



Ourse rouge et ours vert de Satoshi Iriyama


« Il était une fois un ours qui adorait le vert. Chaque jour, l’ours vert mangeait des légumes verts et buvait du jus de melon vert. »

L’ours vert habite une maison verte, décorée d’objets verts, au milieu d’une prairie d’une couleur indéfinissable. Non, je plaisante : verte, bien sûr !



Un jour, une nouvelle voisine s’installe en face de chez lui :

Ourse rouge porte bien son nom. Elle est aussi rouge que les fraises qu’elle mange au petit déjeuner et sa maison est entièrement écarlate, de la nappe aux rideaux et du sol au plafond.



Ces deux ours si différents vont-ils réussir à s’accepter ?


Ourse rouge et ours vert s’adresse aux très jeunes lecteurs : l’histoire est simple et les personnages très définis. La rencontre entre les deux ours se fait progressivement, avec délicatesse, tout à fait à l’image des illustrations de Satoshi Iriyama. La forme et le fond se rejoignent ainsi harmonieusement, apportant une touche désuète et un charme épuré à cet album.



Ourse rouge et ours vert encouragent l’ouverture d’esprit, les mélanges, l’acceptation de l’autre avec une belle simplicité, accessible aux enfants dès deux ans.
Mais cette simplicité n’est pas simpliste : le propos intelligent et les illustrations soignées donnent un de ces albums que les enfants réclament encore et encore !

Et ils goûteront chaque fois la surprise qui attend nos deux ours à la fin de cette histoire.

« Un jour, Ourse rouge invita ours vert à dîner. Ils discutèrent pendant des heures sans s’apercevoir que la nuit était tombée »

Ourse rouge et ours vert de Satoshi Iriyama

Aux éditions Tourbillon

Parution en février 2010

AlbumÀ partir de 2 ans