Archives mensuelles : mai 2009

Le Grand Mystère de la Petite Souris de Laurence Gillot et Florence Langlois

Catégorie Littérature Jeunesse -Album-
À partir de 4 ans
Parution en mai 2009

couv_mystere_sourisIl est temps de lever le voile sur la vie secrète d’un rongeur très actif – loin de Mickey, de Stuart Little et même de Firmin, pourtant bien sympathiques – une travailleuse de l’ombre, un forçat de la nuit, celle qui se faufile sous les oreillers de bambins en pleine croissance : La Petite Souris.

Voulez-vous connaître ses habitudes ? Sa couleur ? Son caractère ?
Pas de panique : Laurence Gillot et Florence Langlois ont mené l’enquête, et des informations détaillées (et véridiques !) sur la vie de ce petit mammifère se trouvent dans l’album, publié aux éditions Tourbillon, Le Grand Mystère de la Petite Souris.

Parce que des questions sans réponses, il y en a !

« Et s’il y a un chat dans une maison ? Comment elle fait, la Petite Souris, pour aller chercher la dent sous l’oreiller ? »

« La Petite Souris connaît-elle le Père Noël ? »
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« A-t-on déjà photographié la Petite Souris ? »

« Comment elle sait, la Petite Souris, qu’un enfant a perdu une dent ? »

Et surtout, surtout, LA question ultime : « Que fait la Petite Souris avec les dents des enfants ? »

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On prend beaucoup de plaisir à suivre cette Petite Souris taquine dans toutes sortes de situations, avec un dessin qui s’approche légèrement de la bande dessinée. C’est coloré, nerveux, et ça fourmille de petits détails drôles. Florence Langlois s’amuse à croquer son petit personnage en kimono, sur un vélo ou en joueuse de contrebasse…


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Le texte de Laurence Gillot est simple et provoque l’interaction avec son lecteur en donnant son avis (« Si, si, elle n’a peur de rien ! »).

Un joli « documentaire » sur cette Petite Souris qui « fait un tout petit peu sa maligne, mais pas trop » !
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Le Grand Mystère de la Petite Souris de Laurence Gillot et Florence Langlois
Aux éditions Tourbillon
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Le temps des lézards est venu de Charlie Price

Catégorie Littérature Jeunesse -Roman-
À partir de 13 ans

Parution en mai 2009

couv_tps_lezards« Kaitlin, la sœur aînée de Hubie, ne répond qu’à la lettre Z. Elle est la bosse sur la route de la famille Ludlow. Ou, peut-être dans son cas, le trou. Lorsque M. Ludlow lui a demandé à quoi correspondait ce Z, elle a déclaré : « Hypocrisie ». Lorsqu’il lui a fait remarquer qu’il n’y avait pas de Z dans hypocrisie, elle a rétorqué : « Justement ! » »

Voilà Z, « l’amie de cœur » de Ben Mander, le narrateur du Temps des lézards est venu.

Ben a dix-sept ans, un père aux abonnés absents et une mère terrifiée et terrifiante. Vivre avec elle équivaut très souvent à chevaucher une sorte de taureau de rodéo. D’une santé mentale chaotique, elle alterne moments de grande léthargie et crises de paranoïa aigüe.

Par exemple, elle croit que Le temps des lézards est venu :

« C’est la deuxième fois que je la vois se badigeonner le visage avec du rouge à lèvres. M’man croit que les Lézards déteste le rouge. Elle est également persuadée qu’on peut découvrir qu’une personne est habitée par un Lézard rien qu’en regardant au fond de sa bouche pour détecter où s’arrêtent les tissus humains et où commence le véritable Lézard. »

Dans la salle d’attente de l’hôpital où sa mère se fait examiner, Ben rencontre Marco, un type « blond aux cheveux courts et épais, le genre de coiffure qui a toujours de l’allure, peignée ou non ». Ils ont le même problème à résoudre : chacun une mère en souffrance.

Mais Marco se trouve au milieu d’une étrange expérience. Il a découvert un « portail temporel » qui mène directement à l’an 4000. Dans le futur, existe-t-il des traitements efficaces pour venir à bout des troubles mentaux, folies et hallucinations ?

C’est ce que Ben voudrait bien savoir…

Le temps des lézards est venu est un roman double.

D’un côté une belle tranche de science-fiction/irruption de l’extraordinaire/anticipation.
De l’autre côté un mal être adolescent tangible, vraisemblable, pour ce héros malmené, prisonnier de problèmes trop lourds pour lui.

Entre une mère qu’il aime et déteste à la fois, un dangereux pourvoyeur de drogue et un père qu’il doit poursuivre de motel en motel, Ben se débat, difficilement.

Le doute plane. Assisterait-on aux fantasmes d’un jeune homme qui refuse de voir les faits tels qu’ils existent ? Double réalité que celle de ce roman. Double narration ensuite, puisque celle de Ben et celle de Marco se superposent – une police de caractère différente est là pour nous indiquer qui parle. Justement, qui parle ? Pourquoi Marco se raconte-t-il à la troisième personne du singulier, se mettant en scène, comme s’il était un personnage ?

Un roman bien plus complexe qu’il n’y parait donc, avec des tiroirs à ouvrir et des passages à prendre. Illusions que ces Lézards ? Si nous doutons de leur existence, en regard, eux pensent « que nous ne sommes pas réels ».

Le temps des lézards est venu est à décrypter.
charlie_priceCharlie Price déroutera peut-être les lecteurs les plus jeunes. À moins qu’il ne les force à une réflexion hors des chemins simplistes…

Petit plus : la couverture ajourée originale et attrayante.

Le temps des lézards est venu de Charlie Price

Traduit de l’anglais (État-Unis) par Pierre Charras

Aux éditions Thierry Magnier


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Le Tunnel d’Anthony Browne

Catégorie Incontournables
Littérature Jeunesse -Album-
À partir de 5 ans


Dans la série des incontournables petites merveilles à petit prix, il y a cet album, Le Tunnel.
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Voilà une sœur et un frère qui sont « différents en tous points ».
Elle est calme et rêveuse, et reste le nez dans ses livres la plupart du temps. Il est bagarreur, joueur, actif, bruyant et sans cesse en mouvement.
Rien ne les réunit, tout les sépare. Pas étonnant que les disputes et les chamailleries soient monnaie courante entre ces deux là.

Un matin où leur mère perd patience, ils se retrouvent consignés dehors. Leurs pas les conduisent dans un terrain vague, où un tunnel mystérieux attire le frère. La sœur, désemparée, le voit s’enfoncer à l’intérieur…
Que va-t-elle faire ? Aura-t-elle le courage de le suivre ?

Voilà l’histoire qu’Anthony Browne choisit de raconter ici. Et il y a de multiples choses à en dire !

Les images d’abord.
Très belles, elles ne sont pas des illustrations au sens propre puisqu’elles n’ « illustrent » pas le texte, mais y ajoutent des perceptions, des sensations supplémentaires.
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L’auteur place ses personnages dans un monde véridique, puis fantasmé, avec un glissement fluide, progressif.
On obtient une histoire « onirico-réaliste » (un qualificatif sans doute bizarre, mais Anthony Browne y parvient !) où certaines pages troublent en touchant l’inconscient.

Les images qui montrent la forêt, par exemple sont foisonnantes de détails qui vont toucher juste : feu de bois, maisonnette lointaine, arbre magique, porte irréelle, écorce noueuse tordue faisant apparaître un loup, un sanglier, un monstre…
Le sens du temps est aussi porté par les images : quatre d’entre elles pour entrer dans le monde fantastique, quatre autres pour revenir au monde « normal ». Le décalage s’opère dans un sens, puis dans l’autre.

Anthony Browne n’hésite pas à modifier le cadrage de l’image, en montrant des scènes qui laissent deviner du hors-champ : cette manière de nous emmener avec lui est extrêmement efficace, car nous imaginons le monde autour de ces parties manquantes.

L’expression des visages est magnifiquement rendue !
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Décors léchés, effets de lumière, fantasmagorie, justesse des sentiments exprimés… On se demande ce qui pourrait bien manquer à ces illustrations…

Quant au texte et à la trame, que dire ?

Acceptation de l’autre et de ses différences, chemin vers lui, difficultés du dépassement de soi, imaginaire, peur de l’inconnu qu’il nous faut transcender, affection… Les pistes offertes sont aussi nombreuses que riches de sens !
Ne serait-ce que par l’apparition, dans les toutes dernières lignes, des prénoms de ces deux enfants : ils ne sont plus la « sœur » et « le frère », mais Rose et Jack. Leur expérience commune leur a donné une existence propre.
Nommer l’autre, se nommer soi-même, s’accepter comme on accepte autrui, se grandir, dépasser ses limites pour s’extraire de son nombrilisme, s’ouvrir au monde…
Décidément oui, les tenants et les aboutissants du Tunnel sont si profonds et si complexes que cette humble chronique ne pourrait en faire le tour.
On pensera aussi à faire des rapprochements avec la pétrification de la légende d’Orphée, ou avec le puits dans lequel tombe l’Alice de Lewis Caroll.

Lire Le Tunnel à un enfant est un moment fort. L’inquiétude diffuse, inexprimable, provoquée par la forêt mystérieuse…
Le soulagement lorsque survient le dénouement…
Le silence rêveur qui suit cette lecture… Autant d’émotions rares.

Sans oublier le symbole de la couverture : un livre de contes ouvert, une petite fille qui s’enfonce dans l’inconnu. Au dos du livre, l’ouverture est vide et le livre est refermé. La fillette est-elle entrée dans le tunnel où dans le livre ?
Une manière de dire la force de l’imaginaire…
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Le Tunnel d’Anthony Browne traduit de l’anglais par Isabel Finkenstaedt, © Kaléidoscope 1989
puis
à L’école des loisirs, collection Lutin Poche

Le chagrin du roi mort de Jean-Claude Mourlevat

Catégorie Littérature Jeunesse -Roman-
Parution en mai 2009
À partir de 12 ans


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Deux enfants, Aleks et Brisco, frères de lait, habitent l’île de Petite Terre, un royaume imaginaire – que Lancelot du Lac ou Hamlet pourraient fort bien parcourir. La paix est menacée, car le vieux roi Holund vient de mourir. Et son neveu Guerolf est assoiffé de pouvoirs.

Le secret sur les circonstances qui entourent la naissance de Brisco ne sera dévoilé qu’après son enlèvement.

« La porte, mal ajustée, frotta sur la terre, les gonds hurlèrent et la lumière éblouissante du jour se déversa à flots dans la galerie. Les trois occupants du chariot, aveuglés, couvrirent leurs yeux à deux mains.
Ensuite, tout alla très vite. Une tête énorme et hirsute apparut dans l’encadrement. Une véritable hure de sanglier. L’homme s’avança à quatre pattes et demanda simplement :
-C’est l’quel ?
-Celui-ci ! fit la dame en désignant Brisco.
Alors l’homme déplia son bras puissant, empoigna Brisco par le col de sa veste, l’arracha à son siège et le tira vers lui. »
Avec Le chagrin du roi mort, Jean-Claude Mourlevat offre une belle épopée à ses lecteurs : une histoire au souffle épique, aux accents de fratrie, de vengeance, de combats, de séparation… et d’amour. Dans ce roman palpitant, les scènes d’actions alternent avec des passages plus paisibles, sans oublier quelques pointes d’humour… De quoi s’attacher aux personnages.

« -À quoi me sers-tu, en fait, Arpius ? demande Irwan.
-Oh, à peu de chose… Peut-être seulement à vous empêcher de devenir ce que vous deviendriez si je ne vous empêchais pas de le devenir.
-C’est-à-dire ? Tu peux parler plus clair ?
-C’est-à-dire un jeune prétentieux imbu de sa personne et persuadé qu’il vaut mieux que les autres pour la seule raison qu’il est le fils de son père.
-Ah, et ce n’est pas vrai ?
-Que vous êtes le fils de votre père ? Si si…
-Non. Que je vaux mieux que les autres.
-Oh, mais si, bien sûr. Tenez, ce matin, quand vous avez glissé en montant sur votre cheval et que vous êtes resté accroché à l’étrier par la cheville, vous étiez vraiment au-dessus du lot. Et la semaine dernière, rappelez-vous, quand ce début de colique vous tordait le ventre… »

La trame dramatique est très visuelle, et il ne serait pas étonnant que le cinéma s’en saisisse (Ah, Sean Connery dans le rôle titre, superbe, gisant sur son lit de pierre, la neige tombant sur son visage barbu !… On peut rêver…).
L’épaisseur de ce roman – plus de 400 pages –, loin d’être un frein à l’enthousiasme, est la promesse d’un long dépaysement. Quel régal que de plonger dans Le chagrin du roi mort jusqu’à en oublier le réel !
Un livre à lire loin de tout, à l’heure interdite, celle qui transgresse le couvre-feu et fait sortir les lampes de poche de dessous les draps…

Le chagrin du roi mort de Jean-Claude Mourlevat
Chez Gallimard Jeunesse
imprimante icone copie

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L’avis de
Clarabel est à lire
ici !

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Mais qui est donc Oscar ? d’Hubert Ben Kemoun et Judith Drews

Catégorie Littérature jeunesse -Album-
Parution en avril 2009
À partir de 4 ans

couv_qui_est_oscarOscar a un souci. Un très gros souci. En ce bas monde, il n’a que DEUX certitudes.
Un, il s’appelle Oscar, et deux, il adore les glands et les noisettes.
À part ça…

Distrait, étourdi, ou les deux à la fois (écervelé, peut-être ?) il n’a aucune idée de qui il est. Ni de l’endroit où il a caché sa réserve de nourriture. Il n’arrive jamais à se souvenir de quoi que ce soit très longtemps…
Pauvre de lui !

Et ceux qu’il rencontre ne l’aident pas beaucoup.
Un pivert – un facétieux, celui-là – lui assure qu’il est une carpe.
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Une carpe ? Peut-être. Et voilà Oscar au fond de l’eau… avant de réaliser qu’il ne sait pas nager.

Oscar croise une vipère : « tu sautes avec une telle agilité, tu dois être un kangourou ! » dit celle-ci, qui « veut toujours avoir raison et donne son avis même quand on ne lui demande rien ».
Un kangourou, pourquoi pas ?…
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Un scarabée, aussi minuscule qu’effrayé, le prend pour un tigre. Oscar est convaincu : « Je suis un tigre ! répète l’écureuil toute la journée pour être sûr de ne pas l’oublier. Il en doute un peu, mais le scarabée lui a répondu sans hésiter, alors qui sait… Un tigre, je suis un tigre ! »
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Heureusement qu’Oscar va trouver un petit garçon digne de confiance. Car que manque-t-il réellement à Oscar ? Un ami qui l’aide à se souvenir des choses. « À quoi bon retenir tout ce que l’on a fait dans sa journée, si on n’a pas d’ami à qui le raconter ? »

Mais qui est donc Oscar ? offre des illustrations joyeuses, simples et efficaces. Judith Drews, l’illustratrice, cerne ses personnages et les colore adroitement, dans un style naïf et modeste qui touche directement l’œil du lecteur. Sa palette de couleur, faite de turquoise, d’orange, de jaune et de marron est précise, et l’attention qu’elle y porte semble être sa marque de fabrique (c’est en tout cas ce qui transparait sur son site).
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Hubert Ben Kemoun, lui, n’en est pas à son coup d’essai : c’est un auteur affirmé qui a publié de multiples romans pour la jeunesse (la liste est si longue !!!) et n’hésite pas à s’adresser à un large public, de 3 à plus de 12 ans.

Pas d’inquiétude donc, Oscar est pris en main par deux excellents professionnels !

Mais qui est donc Oscar ? est un album qui parle d’amitié, un très beau sujet, traité ici avec une pointe d’humour qu’un enfant de 4 ans appréciera.
Oscar est involontairement drôle avec son peu de savoir… au point de confondre les choses qui l’entourent :
«… feuille de brouillon ? Feuille de journal ?… J’avoue que je n’en ai aucune idée ! Le nénuphar dérive doucement. »
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Mais qui est donc Oscar ? d’Hubert Ben Kemoun et Judith Drews
Aux éditions Tourbillon
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Il ne faut pas habiller les animaux de Judi et Ron Barrett

Catégorie Incontournables Littérature Jeunesse -Album-
À partir de 3 ans
Il ne faut pas habiller les animaux



Pourquoi ? serait tenté de demandé un lecteur d’approximativement trois ans…

Et il aurait raison de poser la question. Heureusement, la réponse est dans cet album :
« Il ne faut pas habiller les animaux… parce que ce serait désastreux pour le porc-épic de porter des vêtements ».

L’illustration de Ron Barrett, également présentée sur la couverture, en témoigne : le tissu d’une fine chemise à pois n’est pas prévu pour résister aux épines !

Judi et Ron Barrett font la preuve en texte et en image que le mouton « aurait trop chaud », équipé d’un pullover, d’un bonnet et d’une écharpe.
Le kangourou « ne saurait qu’en faire ». Étant déjà naturellement équipé d’une poche, celle d’un par-dessus, même munie d’un rabat, lui apparaît comme superflue, évidemment.
Qu’est-ce qui fait qu’Il ne faut pas habiller les animaux est un excellent album ?

Beaucoup de choses en vérité.
D’abord en terme de vocabulaire : si un enfant de trois ans reconnaitra facilement la poule et le cochon, il visualisera aussi dans cet album à quoi peuvent bien ressembler un élan, un morse et un opossum, ainsi que leurs caractéristiques propres (bois majestueux, défenses impressionnantes et… tête en bas !).

La formulation est aussi intéressante. Chaque phrase, en réponse au titre, commence par un « parce que ». Cette structure qui revient comme un refrain donne à l’enfant le plaisir d’anticiper le « parce que » suivant, tout en lui laissant la surprise de la suite qui y est donnée.

Puis, dans la structuration : cet album met bien en évidence l’existence de deux catégories, l’ensemble des humains et celui des animaux. Trier est une activité précieuse pour stimuler l’intelligence chez l’enfant et organiser ses structures mentales. Au cours de sa scolarité, un enfant de maternelle sera amené à trier les couleurs, les objets, les formes, par des exercices renouvelés. L’avantage du « tri » proposé par Il ne faut pas habiller les animaux est d’être une sorte de classement  par l’absurde !
Même si le genre humain n’apparaît qu’à la toute dernière illustration, il est sous-entendu à chaque page, ce qui donne une approche plus fine qu’une démonstration basique. Les deux genres, humains et animaux, sont établis par contraste.
Ensuite dans le rapport texte/image : de nombreux livres proposent des messages redondants, le texte décrivant l’image, ou l’image racontant ce qui est lu. Ce double emploi n’est pas présent dans cet album. Il s’agit ici d’un jeu de pingpong, où l’illustration répond, ajoute et exagère la phrase.
Enfin, avec la présence de l’humour : et quel humour ! Chaque page est une invitation à un sourire différent. Pauvre élan, comme il doit souffrir, tout emmêlé dans ses bretelles ! La poule a un très gros problème, avec ce pantalon qui l’empêche de pondre, et la souris est presque indétectable sous cet immense chapeau à fleurs…
On pourrait penser que cet humour est “méchant”, car peu compassionnel envers les désagréments présentés. On pourrait croire que c’est le ridicule de ces animaux qui provoque le rire…
C’est plus fin que cela : ce qui est ridicule ici, c’est plutôt l’homme et ses propositions vestimentaires inadaptées. Car, finalement, ces animaux savent tout faire ! Ils ont des poches, savent nager, ont chaud naturellement…
Rien n’empêche d’ailleurs de continuer sur la lancée en imaginant d’autres animaux dans d’autres vêtements ! Une piste offerte pour l’imaginaire est l’atout bonus de cet album décidément excellent.
Depuis sa sortie en 1970, Il ne faut pas habiller les animaux a été réédité plusieurs fois, et il est toujours disponible en librairie. Il a sans nul doute fait rire une génération qui se retrouve maintenant du côté des parents. Il y a fort à parier que cet album passera de mains en mains.
Jusqu’à la génération suivante ?
Et pourquoi pas !

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Il ne faut pas habiller les animaux de Judi et Ron Barrett

À l’École des Loisirs

existe aussi en petit format et à petit prix chez lutin poche